Une coupe histologique non colorée est souvent difficile à interpréter.
De nombreuses cellules et structures biologiques ont peu de contraste naturel.
La coloration permet donc de révéler certaines composantes du tissu et d’aider l’observateur à comprendre son architecture.
Mais toutes les colorations ne répondent pas à la même question.
Certaines permettent d’observer l’organisation générale.
D’autres mettent particulièrement en évidence des glucides, le collagène, les fibres élastiques ou les fibres de réticuline.
Pour un étudiant en médecine, l’objectif n’est pas de connaître toutes les techniques histochimiques existantes.
Il faut surtout comprendre pourquoi on choisit une coloration plutôt qu’une autre.
1. HES - la coloration de routine à connaître
HES signifie :
Hématoxyline – Éosine – Safran.
C’est une coloration très utilisée en histologie et en anatomopathologie, notamment dans les pays francophones.
Elle permet une excellente lecture générale de l’architecture tissulaire.
Que colore l’hématoxyline ?
Elle met notamment en évidence les structures basophiles, en particulier les noyaux, qui apparaissent généralement dans des tons bleu-violet.
Que colore l’éosine ?
Elle colore de nombreuses structures cytoplasmiques et extracellulaires dans des nuances rosées.
Et le safran ?
Le safran peut notamment donner une teinte jaune-orangée à certaines structures riches en collagène selon la technique utilisée.
Quand penser à HES ?
Lorsque la question est :
« Quelle est l’architecture générale du tissu ? »
HES est une excellente première réponse.
Elle permet d’observer :
organisation des cellules ;
architecture des tissus ;
noyaux ;
cytoplasmes ;
stroma ;
rapports entre les différentes composantes.
HES ou HE ?
Vous rencontrerez également la coloration H&E ou HE :
Hématoxyline et Éosine.
Le principe général est proche, mais sans utilisation du safran.
Selon les pays, les laboratoires et les habitudes pédagogiques, HES ou HE peuvent être davantage utilisées.
L’étudiant doit surtout comprendre le rôle de l’hématoxyline et de l’éosine.
2. PAS - Periodic Acid–Schiff
PAS est une coloration particulièrement importante lorsqu’on souhaite mettre en évidence certaines substances riches en glucides.
La réaction produit classiquement une coloration magenta des structures PAS-positives.
Le PAS peut notamment mettre en évidence :
glycogène ;
membranes basales ;
certaines mucosubstances neutres ;
glycoprotéines ;
paroi de nombreux champignons.
Exemple : membrane basale
Une membrane basale peut devenir beaucoup plus facile à identifier grâce au PAS.
Exemple : glycogène
Le PAS permet également d’étudier certaines accumulations glucidiques.
Mais il faut toujours interpréter la coloration selon le protocole et le tissu étudié.
Quand penser au PAS ?
Lorsque vous voyez dans une question :
glycogène
membrane basale
certaines mucines
ou encore
champignons
le PAS doit venir rapidement à l’esprit.
3. Trichrome de Masson - particulièrement utile pour le collagène
Le trichrome de Masson est une coloration particulièrement intéressante lorsque l’on souhaite différencier certaines composantes du tissu conjonctif et du muscle.
Selon le protocole utilisé, les teintes exactes peuvent varier.
L’idée importante pour l’étudiant est surtout :
le collagène devient beaucoup plus facile à distinguer du muscle et des autres structures.
Application majeure : la fibrose
Dans plusieurs organes, une augmentation du collagène traduit un processus de fibrose.
Le trichrome peut donc être particulièrement utile pour apprécier la distribution et l’importance du tissu fibreux.
Par exemple :
foie ;
cœur ;
rein ;
poumon ;
autres tissus selon la situation.
Question classique
Quelle coloration utiliser pour mieux apprécier une fibrose ?
Trichrome de Masson, parmi les colorations classiquement utilisées.
4. Orcéine - penser aux fibres élastiques
L’orcéine est notamment utilisée pour mettre en évidence les fibres élastiques.
Ces fibres sont particulièrement importantes dans certains tissus soumis à des variations de forme ou à des contraintes mécaniques.
Elles sont abondantes dans certaines structures vasculaires et tissus élastiques.
Pourquoi les connaître ?
Parce que l’organisation des fibres élastiques est importante pour comprendre certaines parois vasculaires et plusieurs pathologies du tissu élastique.
À l’examen, si la question porte spécifiquement sur les fibres élastiques :
orcéine doit faire partie des réponses à connaître.
5. Coloration de la réticuline
Les fibres de réticuline constituent un réseau fin de soutien dans plusieurs organes.
Des méthodes utilisant notamment des imprégnations argentiques permettent de mettre en évidence ce réseau.
Cette coloration est particulièrement utile pour étudier l’architecture du stroma réticulaire.
Elle peut être utilisée dans certains contextes concernant :
foie ;
moelle osseuse ;
ganglions ;
organes hématopoïétiques ;
certaines évaluations tumorales.
Pour l’étudiant, l’idée essentielle est :
Réticuline = réseau de soutien fin.
6. Imprégnations argentiques
Certaines techniques histologiques utilisent des sels d’argent pour mettre en évidence des structures particulières.
Elles peuvent être utiles pour :
fibres de réticuline ;
certaines structures nerveuses ;
certains microorganismes selon la technique.
Il ne faut pas confondre toutes les méthodes argentiques.
Leur point commun est l’utilisation de réactions permettant de produire un dépôt sombre ou noirâtre sur certaines structures.
7. Pourquoi une seule coloration ne suffit-elle pas toujours ?
Imaginez un tissu présentant une architecture inhabituelle.
La coloration de routine permet d’identifier :
organisation ;
cellules ;
noyaux ;
stroma.
Mais vous souhaitez maintenant savoir :
« Cette zone correspond-elle réellement à une fibrose ? »
Une coloration mettant mieux en évidence le collagène devient utile.
Ou :
« Existe-t-il une accumulation importante de glycogène ? »
Le PAS peut répondre à cette question.
La coloration supplémentaire sert donc à poser une question plus précise au tissu.
Une façon simple de les mémoriser
Au lieu d’apprendre :
« PAS = magenta, Masson = telle couleur, orcéine = telle autre couleur… »
commencez par mémoriser la fonction.
HES
Architecture générale
PAS
Glucides / glycogène / membranes basales
Trichrome
Collagène / fibrose
Orcéine
Fibres élastiques
Réticuline
Réseau réticulaire
Cette association fonctionnelle est plus facile à utiliser à l’examen.
Piège : ne pas identifier une coloration uniquement par sa couleur
Une même coloration peut présenter des nuances légèrement différentes selon :
protocole ;
durée ;
laboratoire ;
appareil d’acquisition ;
qualité de l’image ;
écran.
Il vaut mieux reconnaître :
la structure mise en évidence
que dépendre uniquement d’une nuance exacte.
Exemple de raisonnement
On vous présente une coupe hépatique et on vous demande d’évaluer la fibrose.
Quelle coloration pourrait être particulièrement utile ?
Vous raisonnez :
Fibrose = augmentation/dépôt de collagène.
Coloration mettant bien en évidence le collagène :
Trichrome de Masson.
Autre question :
Vous souhaitez mieux visualiser une membrane basale.
PAS.
Autre :
Vous voulez étudier les fibres élastiques.
Orcéine.
Le raisonnement devient alors logique.
Coloration et diagnostic : attention
Une coloration spéciale ne donne généralement pas à elle seule le diagnostic complet.
Elle fournit une information supplémentaire.
Le diagnostic histologique repose sur :
contexte ;
architecture ;
morphologie cellulaire ;
colorations ;
parfois immunohistochimie ;
parfois biologie moléculaire ;
parfois données cliniques.
Il faut donc éviter de penser :
« PAS positif = une seule maladie précise. »
Les colorations sont des outils d’interprétation, pas des diagnostics automatiques.
Comment les apprendre pour l’examen ?
Préparez des cartes très simples.
Recto :
Quelle coloration pour les fibres élastiques ?
Verso :
Orcéine.
Recto :
Quelle coloration pour apprécier une fibrose ?
Verso :
Trichrome de Masson.
Puis mélangez les questions.
Ajoutez aussi des situations cliniques.
Biopsie hépatique : on veut quantifier visuellement le tissu fibreux.
Quelle coloration ?
Cela entraîne davantage le raisonnement que la simple récitation.
À retenir
Les principales colorations histologiques ne doivent pas être apprises comme un nuancier.
Apprenez plutôt :
quelle structure → quelle coloration → pourquoi ?
Retenez cette petite carte mentale :
HES → architecture
PAS → glucides / membranes basales
Masson → collagène / fibrose
Orcéine → fibres élastiques
Réticuline → réseau de soutien
Avec ces cinq associations, vous possédez déjà une excellente base pour les examens d’histologie.
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