Un atlas d’anatomie présente souvent le corps humain sous sa forme la plus claire.
Les muscles sont parfaitement séparés. Les nerfs possèdent une couleur différente des artères. Les organes sont proprement identifiés. Les structures inutiles à la démonstration ont parfois été retirées.
Puis vient la première TDM.
Et soudain, tout paraît gris.
Le foie est là quelque part. Les reins ressemblent moins aux beaux dessins du manuel. Les structures apparaissent coupées dans un plan inhabituel et l’étudiant doit comprendre que ce qu’il voit n’est pas une nouvelle anatomie.
C’est la même anatomie vue autrement.
Associer tôt l’anatomie et l’imagerie permet de construire une représentation beaucoup plus solide du corps humain.
Le problème de l’anatomie uniquement en deux dimensions
Lorsque l’on apprend à partir d’un atlas, on observe généralement une représentation choisie pour être facile à comprendre.
Mais le corps humain est tridimensionnel.
Une artère passe devant une structure, puis derrière une autre. Un organe change de forme selon le niveau de coupe. Un nerf peut être visible dans une région et disparaître quelques millimètres plus loin.
Si l’étudiant apprend uniquement des vues classiques, il peut connaître beaucoup de noms tout en ayant une représentation spatiale fragile.
L’imagerie oblige à reconstruire cette troisième dimension.
Commencer par comprendre les plans anatomiques
Trois plans sont fondamentaux.
Le plan sagittal sépare le corps en portions droite et gauche.
Le plan frontal ou coronal sépare approximativement une partie antérieure d’une partie postérieure.
Le plan transversal ou axial coupe horizontalement le corps.
Ces plans doivent devenir intuitifs.
Lorsque vous voyez une coupe axiale de l’abdomen, vous devez rapidement comprendre comment elle correspond au corps réel.
Cette compétence devient essentielle en TDM et en IRM.
Le cerveau doit apprendre à « empiler » les coupes
Imaginez que vous regardiez un scanner abdominal.
Chaque image correspond à une tranche.
Si vous observez plusieurs tranches successives, certaines structures apparaissent, grandissent, changent de forme puis disparaissent.
Votre cerveau peut progressivement les empiler mentalement.
C’est ainsi qu’une représentation tridimensionnelle se construit.
Le foie n’est plus une forme figée sur une page.
Vous comprenez son étendue supérieure et inférieure, ses relations avec le diaphragme, les reins, les gros vaisseaux et les autres organes.
Cette compétence est extrêmement utile pour l’imagerie, mais aussi pour la chirurgie et la sémiologie.
La radiographie enseigne les superpositions
Une radiographie n’est pas une coupe.
Plusieurs structures sont projetées les unes sur les autres.
Cette superposition oblige à comprendre la profondeur.
Sur une radiographie thoracique, par exemple, vous observez simultanément :
le squelette thoracique, les poumons, le médiastin, le cœur, les coupoles diaphragmatiques et plusieurs tissus superposés.
Pour interpréter correctement l’image, il faut savoir quelles structures se trouvent devant ou derrière.
Ainsi, les rapports anatomiques appris auparavant prennent immédiatement une nouvelle dimension.
La TDM enseigne les rapports
La tomodensitométrie est particulièrement intéressante pour apprendre l’anatomie en coupe.
Sur une coupe abdominale, vous pouvez progressivement identifier la colonne vertébrale, l’aorte, la veine cave inférieure, les reins, le foie, la rate, les muscles et les structures digestives.
Mais l’exercice le plus intéressant n’est pas seulement de mettre une étiquette.
Demandez-vous :
Pourquoi l’aorte est-elle à cet endroit ? Quelle structure se trouve à sa droite ? Pourquoi le rein droit n’est-il pas exactement au même niveau que le gauche ? Qu’est-ce qui se situe en avant de la colonne ?
Chaque question renforce votre carte anatomique.
L’IRM oblige à reconnaître malgré les changements de signal
En IRM, la même structure peut avoir des aspects différents selon la séquence.
C’est déroutant au début.
Mais c’est aussi très formateur.
Vous ne pouvez plus dépendre uniquement d’une couleur ou d’une intensité.
Vous devez reconnaître une structure grâce à :
sa position, sa forme, ses limites et ses rapports.
Autrement dit, vous devez réellement connaître son anatomie.
L’échographie développe une autre forme d’orientation spatiale
L’échographie présente un défi supplémentaire.
La personne qui tient la sonde choisit elle-même le plan.
De petites modifications de l’orientation peuvent complètement changer l’image.
Comprendre l’échographie nécessite donc de savoir ce qui se trouve sous la sonde et dans quelle direction le faisceau explore le corps.
Même sans devenir échographiste, regarder quelques images échographiques lors de l’apprentissage de l’anatomie peut aider à comprendre les relations entre les structures.
Comment intégrer l’imagerie à un cours d’anatomie
Vous n’avez pas besoin de transformer chaque séance d’anatomie en cours complet de radiologie.
Quelques minutes suffisent.
Après avoir appris une région, recherchez son aspect sur une radiographie, une TDM ou une IRM adaptée.
Essayez d’identifier seulement cinq structures au début.
Une fois qu’elles sont maîtrisées, ajoutez-en d’autres.
L’objectif n’est pas d’interpréter une pathologie complexe.
Vous entraînez simplement votre cerveau à répondre à la question :
« À quoi ressemble cette structure lorsqu’elle n’est plus dessinée spécialement pour moi ? »
Le cerveau : un excellent exemple
La neuroanatomie peut paraître très abstraite lorsqu’elle est étudiée uniquement sur des schémas.
Mais les coupes d’IRM et de TDM permettent de relier les structures à leur véritable organisation.
Vous pouvez suivre les ventricules, reconnaître les hémisphères, le cervelet, le tronc cérébral et certaines structures profondes.
Plus tard, lorsqu’un patient présente une lésion, vous ne partez pas de zéro.
Vous savez déjà où vous vous trouvez.
Le thorax : apprendre par la radiographie
La radiographie thoracique peut devenir un excellent prolongement du cours d’anatomie.
Localiser les poumons est facile.
Mais il est plus formateur d’identifier les hiles, le médiastin, le cœur, la trachée, les coupoles diaphragmatiques et les structures osseuses.
Progressivement, vous apprenez aussi quelles limites visibles sont produites par quelles structures.
Cette connaissance devient la base de la sémiologie radiologique.
L’abdomen : apprendre par les coupes
Pour l’abdomen, la TDM est particulièrement pédagogique.
Commencez par les structures les plus faciles à retrouver.
Colonne.
Aorte.
Veine cave inférieure.
Foie.
Rate.
Reins.
Puis ajoutez progressivement :
pancréas, estomac, intestin, vaisseaux mésentériques et autres structures.
Ne cherchez pas à tout maîtriser en une séance.
La répétition transforme progressivement ces images étranges en anatomie familière.
Utiliser les trois dimensions pour comprendre la clinique
Pourquoi une pathologie d’un organe peut-elle irriter une structure voisine ?
Pourquoi certaines douleurs irradient-elles ?
Pourquoi une masse peut-elle provoquer un déficit neurologique ?
Pourquoi une intervention chirurgicale doit-elle éviter certains plans ?
La représentation tridimensionnelle permet de répondre à une partie de ces questions.
L’anatomie cesse alors d’être une collection de structures.
Elle devient l’espace dans lequel se déroulent les maladies.
La méthode « structure – coupe – clinique »
Pour chaque structure importante, essayez ce cycle.
Commencez par l’apprendre sur un atlas classique.
Puis retrouvez-la sur une coupe anatomique ou radiologique.
Enfin, ajoutez une question clinique.
Prenons le nerf médian.
Vous apprenez son trajet anatomique.
Vous repérez la région du canal carpien.
Puis vous demandez ce qui se passe lorsqu’il est comprimé.
Vous obtenez une connaissance beaucoup plus intégrée.
Même principe pour le foie, le cerveau, les reins, les poumons ou les gros vaisseaux.
Ne cherchez pas à devenir radiologue dès la première année
Le but n’est pas de diagnostiquer toutes les maladies sur une TDM.
Il suffit au début de pouvoir dire :
« Je reconnais cette structure. »
Puis :
« Je sais ce qui se trouve autour. »
Puis :
« Je comprends pourquoi cette anomalie pourrait provoquer tel symptôme. »
L’interprétation pathologique viendra ensuite.
Une progression lente mais régulière est beaucoup plus efficace qu’une exposition brutale à des centaines d’images complexes.
Les pièges fréquents
Le premier est de regarder uniquement des images déjà légendées.
Cachez régulièrement les noms.
Le deuxième est de rester toujours sur le même niveau de coupe.
Faites défiler les images.
Le troisième est de chercher les maladies avant de savoir reconnaître l’anatomie normale.
Le quatrième est de mémoriser la forme sans comprendre l’orientation.
Le cinquième est d’abandonner complètement l’anatomie après son examen universitaire.
L’imagerie est justement une excellente façon de continuer à l’entretenir.
Un exercice de dix minutes
Après votre prochain cours d’anatomie, choisissez une région.
Prenez une image radiologique normale.
Essayez d’identifier cinq structures sans aide.
Vérifiez.
Puis recommencez sur une autre coupe.
Enfin, fermez l’image et essayez de les replacer mentalement.
Dix minutes peuvent suffire pour commencer à créer un lien durable entre anatomie descriptive et anatomie radiologique.
À retenir
L’anatomie n’est pas plate.
Le corps humain non plus.
Pour apprendre véritablement une région, essayez progressivement de la voir :
de face, de profil, en coupe, en profondeur et en imagerie.
Vous pourrez alors passer de :
« Je connais le nom de cette structure »
à :
« Je sais où elle se trouve, ce qui l’entoure et comment la reconnaître quelle que soit la manière dont on me la montre. »
C’est cette anatomie tridimensionnelle qui devient réellement utile en médecine.
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